Dr Luc Julia

 

J'ai lu pour vous le livre de Luc Julia - Dr Luc Julia, devrais-je écrire. Samsung, ex-HP, ex-Apple, ex-CNRS, ex-... il a fait beaucoup de choses dans la Silicon Valley, au contact de ces gens qui, parait-il, inventent notre futur.

 
 

L'intelligence artificielle n'existe pas ! déclare-t-il, d'entrée. Titre un peu excessif, puisque le co-créateur de SIRI nuance directement son propos : IA, ok, uniquement si on parle d'intelligence augmentée et pas d'intelligence artificielle. Construire des outils qui facilitent la vie de l'homme. Luc Julia n'a pas inventé de technologie révolutionnaire, son métier est plutôt d'assembler des équipes, des briques et des méthodes pour concevoir de nouveaux usages : il est spécialiste des interactions entre les primates haplorrhiniens que nous sommes et les différentes familles de processeurs dont nous essayons de dompter la puissance. Et pas l'inverse, précisions-le d'emblée, comme ceux qui se "[font] mousser sur les plateaux télé en racontant n’importe quoi, en assénant des pseudo-théories et en donnant l’impression de maîtriser [leur] sujet". Vous vous doutez que ça m'a directement donné envie de dépasser l'introduction.

 
Luc Julia.png
 

Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément. Je ne ferai pas offense à Luc Julia en écrivant que son message est clair et simple. L'IA n'existe pas, car les programmes n'ont aucune capacité d'innovation et ne font que ce qu'on leur a dit de faire. Clair, net et précis. En découlent quelques conséquences, que je rapporte avec mes mots :

1. Elon Musk raconte n'importe quoi sur le sujet : "il est certain que l’IA va échapper à notre tutelle, contrôler le monde et nous avec [, qu’elle] va nous diriger et faire de nous des esclaves" (p. 69). Le problème, c'est qu'il est bruyant et que sa voix porte. Certains le suivent (Gates, feu-Hawking), ajoutant leur voix à la cacophonie ambiante.

2. Nous n'avons pas grand chose à craindre des programmes intelligents ou d'une éventuelle IA générique, en tout cas d'ici quelques centaines d'années.

3. La mode actuelle du deep learning (= classe d'algorithmes basés sur des réseaux de neurones), qui découle de la formation d'énormes bases de données consécutives à l'avènement d'Internet, sera probablement la cause du prochain hiver de l'IA : trop de promesses foireuses, d'attentes incroyables, de communication médiatique absurde. La route est encore longue dans l'utilisation et la conception de programmes intelligents ... ou juste un peu moins idiots.

Je ferai court, pour une fois. Ce livre est très accessible, et il fait écho à ce que je pense. Ses interviews [0] [1] sont claires et on sent qu'il parle franchement et sans aucune retenue, ni volonté de se faire mousser. C'est rare, donc appréciable. Son discours est basé sur les faits, son expérience, et une vision optimiste centrée sur les usages de la technologie. Pas de dystopie, de futur horrible, d'Homo Deus ou de Deus ex-machina.

Un passage m'a beaucoup intéressé et résume bien les progrès qu'il nous reste à faire  : l'auteur fait une comparaison d'ingénieur en comparant les puissances énergétiques mises en jeu lors de l'affrontement médiatisé entre AlphaGo et Lee Sedol, champion du monde de Go (à une place près, en fait). Son constat : "AlphaGo a battu son adversaire humain par des méthodes et des stratégies qui n’avaient absolument rien d’humain", en consommant une puissance de 440 kW pour battre un cerveau humain qui, lui, fonctionne à ... 20 W. Quatre ordres de grandeur. Tout est dit.

 
L’intelligence artificielle n’existe pas, mais l’intelligence augmentée, elle, est en marche. Je fais le pari qu’elle nous ouvrira, dans les années à venir, de nouvelles perspectives, qui vont encore beaucoup nous surprendre, dans bien des domaines.

[0] interview ActuIA, franche : https://www.youtube.com/watch?v=08-NiraUKaA

[1] interview BFM Business, moins naturelle : https://bfmbusiness.bfmtv.com/mediaplayer/video/luc-julia-publie-son-livre-intitule-l-intelligence-artificielle-n-existe-pas-2002-1141455.html

 
Thomas Gerbaud