La fable inachevée des moineaux...

La fable inachevée des moineaux…

Préface de Superintelligence de Nick Bostrom, recopiée ici.

Il était une fois, à la saison où les oiseaux font leur nid, des moineaux qui se reposaient tranquillement, en gazouillant au crépuscule, après de longs, très longs jours de travail.

– Nous sommes si petits et si faibles, comme la vie nous serait facile si nous avions une chouette pour nous aider à construire tous ces nids.
– C’est sûr, lui répondit son voisin, elle nous aiderait aussi à prendre soin de nos parents et de nos enfants,
– Elle nous donnerait des conseils, et elle surveillerait le chat du coin, ajouta le suivant.

Alors Pastus, le doyen de la troupe, dit ceci : « Envoyons des éclaireurs dans toutes les directions pour tenter de trouver une jeune chouette ou même un œuf. Un petit corbeau ferait aussi l’affaire, ou même une petite belette. Ce serait sans doute la meilleure chose qui nous soit jamais arrivée, au moins depuis l’ouverture de la Boutique des Graines à Volonté là-bas derrière ».

Ils se mirent tous à rire et, partout, des moineaux commencèrent à gazouiller à plein poumons. Seul Scronkfinkle, un moineau borgne et râleur, n’était pas du tout convaincu par ce projet. « Ce sera sûrement notre perte, dit-il... nous devrons réfléchir à la manière de domestiquer les chouettes et de les dresser, avant d’introduire chez nous une telle créature...» Pastus répliqua alors : « Dresser une chouette... voilà qui semble bien délicat. Ce sera déjà assez difficile de trouver un œuf. Commençons par là et quand nous serons parvenus à avoir un bébé chouette, nous pourrons réfléchir à la manière de le dresser.

« Il y a quelque chose qui ne va pas dans ce projet», s’exclama Scronkfinkle; mais ses protestations restèrent sans écho, la troupe s’était déjà mise à l’œuvre pour faire ce qu’avait proposé Pastus. Seuls deux ou trois moineaux restèrent là. Ils commencèrent à réfléchir à ce qu’il faudrait faire pour dresser et domestiquer une chouette. Ils se rendirent vite compte que Pastus avait raison : c’était un défi trop grand, surtout qu’aucune chouette n’était là pour leur dire comment faire. Pourtant, ils y réfléchir comme ils purent, craignant à tout moment que la troupe revienne avec un œuf de chouette avant qu’ils aient trouvé une solution à leur problème.

On ne sait pas comment ça a fini. Mais l’auteur dédie ce livre à Scronkfinkle et à ceux qui l’ont écouté.

Thomas GerbaudComment